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Dans le Var, nature et béton de chanvre font bon ménage

Corentin Patrigeon, le 13/03/2019 à 16:12

 

 

C'est dans l'espace naturel du Plan, un vaste parc de 130 hectares s'étendant sur les communes varoises de La Garde et du Pradet, que le chantier de la Maison de la nature prend actuellement place. Le projet de cet ERP (Établissement recevant du public) permettra de faire sortir de terre un bâtiment sur pilotis de 576 m², qui accueillera des visiteurs dans des salles d'exposition et des espaces de convivialité. © CP pour Batiactu

 

EMPREINTE ENVIRONNEMENTALE. Le département du Var fait construire sa future Maison de la nature dans le parc du Plan, sur les communes de La Garde et du Pradet. Il s'agit de la première réalisation d'un ERP (Établissement recevant du public) en matériaux biosourcés, notamment le béton de chanvre, dont les propriétés conviennent au climat local. Focus.

C'est dans l'espace naturel du Plan, un vaste parc de 130 hectares s'étendant sur les communes varoises de La Garde et du Pradet, que le chantier de la Maison de la nature prend actuellement place. Le projet de cet ERP (Établissement recevant du public) permettra de faire sortir de terre un bâtiment sur pilotis de 576 m², qui accueillera des visiteurs dans des salles d'exposition et des espaces de convivialité. Des locaux techniques et des bureaux pour l'administration compléteront le site. Mais c'est le recours aux matériaux biosourcés et particulièrement au béton de chanvre, une première pour un ERP, qui constitue la particularité de ce chantier.

 

Avec une utilisation croissante pour différents types de projets, ce matériau semble apprécié pour sa capacité à concilier les impératifs techniques avec les exigences environnementales, sans porter atteinte à la qualité architecturale. C'est ce qui a poussé la maîtrise d'ouvrage du projet, assurée par le département du Var, et la maîtrise d'œuvre, un groupement composé du mandataire Atelier Cépage, de l'architecte DPLG Yves Perret et du bureau d'études BETEM Ingénierie, à opter pour ce choix technique. L'entreprise générale, Delta Concept, intervient en collaboration avec la société de charpenterie Toitures Montiliennes, tandis que France Portugal Construction se charge de l'application du béton de chanvre.

 

Un lieu naturel à préserver pour sensibiliser aux questions environnementales

Pour ce projet, le cahier des charges de la collectivité se veut strict : le Plan doit être un lieu vivant, en mesure d'accueillir les familles, mais aussi un endroit pédagogique, qui sensibilise les visiteurs aux questions environnementales. © CP pour Batiactu

 

Au premier plan des préoccupations du maître d'ouvrage, on retrouve donc l'empreinte environnementale : "L'espace naturel du Plan est protégé car il s'agit d'une zone inondable. La faune et la flore y sont préservées, et c'est un véritable poumon vert de l'agglomération toulonnaise", explique Patrick Pequignot, chef du projet pour le département du Var. "Le Plan compte des ambiances et des milieux écologiques variés. Auparavant, c'était un lieu de dépose de déchets souvent pollués, et d'occupations illicites. Ce secteur riche mais menacé a donc fait l'objet d'un classement en Espace Naturel Sensible, et le département a commencé à racheter les parcelles de la zone il y a plus de 20 ans." Et l'idée d'y construire une Maison de la nature a progressivement germé. Pour ce projet, le cahier des charges de la collectivité se veut strict : le Plan doit être un lieu vivant, en mesure d'accueillir les familles, mais aussi un endroit pédagogique, qui sensibilise les visiteurs aux questions environnementales.

 

En 2006, le département a lancé un concours européen de maîtrise d'œuvre. L'année suivante, le projet est donc attribué au groupement mené par l'Atelier Cépage et Yves Perret. "L'architecte est allé au-delà de nos attentes, en proposant le béton de chanvre et une partie en structure bois", reprend Patrick Pequignot. "Et il a vraiment fallu changer les mentalités : chasser le PVC, penser au bilan carbone de chaque matériau..." Les travaux ont enfin pu commencer en 2015. Pourquoi un tel décalage ? Car les difficultés rencontrées furent nombreuses : lourdeurs administratives et juridiques pour l'expropriation des terrains en friche, révision du PLU (Plan local d'urbanisme), contraintes liées au respect de la loi sur l'eau... Mais aucun acteur du projet n'a pour autant baissé les bras.

 

"Sortir de la banalité écrasante que le bâtiment porte aujourd'hui"

 

 

A travers les matériaux biosourcés, le bois non-traité, la réutilisation in situ de certains éléments ou encore le recours aux panneaux photovoltaïques, Yves Perret cherche à mettre au point "des bâtiments où le rapport au végétal est extrêmement imbriqué". © CP pour Batiactu

 

En charge de la Maison de la nature du Var, l'architecte Yves Perret, dont l'agence est basée à Saint-Etienne, est depuis longtemps positionné sur les questions environnementales. D'après lui, le chemin est encore long pour que la prise en compte de ces problématiques soient réelles et débouchent sur des changements de comportements. A travers les matériaux biosourcés, le bois non-traité, la réutilisation in situ de certains éléments ou encore le recours aux panneaux photovoltaïques, Yves Perret cherche à mettre au point "des bâtiments où le rapport au végétal est extrêmement imbriqué". Une conception économique et écologique qui se fixe comme objectif de "sortir de la banalité écrasante que le bâtiment porte aujourd'hui".

 

Pour l'architecte, "on peut équilibrer et mêler les différents types de production - industrielle, artisanale, artistique - et exploiter les possibilités inventives des matériaux. Le cerveau est endormi par une conception imbécile du travail manuel ; il faut redémarrer l'intelligence de la main." Ayant lui-même réalisé ses dessins et plans à la main - les ordinateurs étant considérés comme trop énergivores -, Yves Perret a souhaité "construire en terrain inondable comme si on était en terrain inondable", en intégrant donc cette caractéristique à sa réflexion sur le futur site. "Il y a une volonté de la mauvaise industrie de faire la même chose partout. On en arrive à une loi des séries qui finit par transformer les artisans en simples poseurs et non plus en véritables fabricants."

 

Béton, bois, chaux, chanvre

 

 

Les charpentes en bois, pour leur part, sont composées d'éléments entièrement préfabriqués, alors que les plafonds sont préassemblés dans les ateliers des Toitures Montiliennes. © CP pour Batiactu

 

La Maison de la nature du Var, véritable "boîte de matières" selon l'architecte, se dote de soubassements en béton et de rives en bois. Les matériaux ne sont pas traités, tandis qu'une solution de béton de chanvre est projetée sur des ossatures bois. "Le chanvre était omniprésent dans la construction jusqu'au début du siècle", rappelle Yves Perret. "Ses capacités de stockage du carbone sont importantes." A l'extérieur, un enduit de chaux classique est utilisé ; à l'intérieur, le béton est laissé brut, pour des murs d'une épaisseur de 30 centimètres. Le plancher se base sur des poteaux en contreventement et sera équipé en géothermie. Les charpentes en bois, pour leur part, sont composées d'éléments entièrement préfabriqués, alors que les plafonds sont préassemblés dans les ateliers des Toitures Montiliennes. En outre, la laine de bois est utilisée comme isolant par les équipes, qui traitent évidemment l'ensemble du bâtiment en coupe-feu.

 

Un matériau pertinent pour le climat du Sud

 

 

Les caractéristiques du béton de chanvre sont en effet pertinentes dans le Sud de la France : sa gestion des fortes températures estivales, son adaptation au climat régional et aux canicules de plus en plus fréquentes (jusqu'à 42°C dans le Var en 2017) sont ici appréciées. © CP pour Batiactu

 

Le recours au béton de chanvre représente aussi un défi pour les entreprises de construction : "Le chanvre est peu connu et donc peu utilisé dans la région, et nous devons aussi faire face aux problèmes de feu dus aux fortes chaleurs, à la sécheresse et au vent", explique Yves Fernandez, dirigeant de la société France Portugal Construction. "Sortir de la routine et faire quelque chose de nouveau, c'était la direction que je voulais prendre." Les caractéristiques du béton de chanvre sont en effet pertinentes dans le Sud de la France : sa gestion des fortes températures estivales, son adaptation au climat régional et aux canicules de plus en plus fréquentes (jusqu'à 42°C dans le Var en 2017) sont ici appréciées. De plus, ce matériau est en mesure de s'inscrire dans un projet plus global, aux côtés du béton, du bois…

 

La machine n'est qu'un outil, le savoir-faire reste incontournable

 

 

C'est la solution Tradical Thermo de BCB (groupe Lhoist) qui a été retenue : il s'agit d'un mélange de chaux aérienne, de liant hydraulique et de chènevotte. © CP pour Batiactu

 

Pour les équipes du chantier, l'intérêt du béton de chanvre est donc multiple. Tout d'abord, il maintient la température intérieure, quelle que soit la température extérieure, et préserve la qualité de l'air. Sa régulation hydrique permet par ailleurs d'éviter les problèmes d'humidité tout en assurant une chaleur surfacique des parois. L'écrêtage des températures est donc garanti, aussi bien en été qu'en hiver, prodiguant ainsi un confort thermique tout au long de l'année.

 

C'est la solution Tradical Thermo de BCB (groupe Lhoist) qui a été retenue : il s'agit d'un mélange de chaux aérienne, de liant hydraulique et de chènevotte. Deux machines sont utilisées pour la projection, une technique qui requiert toutefois un vrai savoir-faire et des réglages importants : les compagnons doivent effectivement veiller au bon mélange, à la bonne pose et au bon séchage de la solution.

 

Pendant deux mois, deux équipes de six et quatre collaborateurs se sont ainsi relayées pour réaliser la projection du béton de chanvre. "On coffre un côté et on projette la solution dessus pour obtenir l'épaisseur", reprend Yves Fernandez. "Nous utilisons un vinaigre mélangé à de l'eau pour talocher le béton. Puis le décoffrage est quasi-immédiat - 30 minutes après - pour un séchage d'environ 30 jours." Au total, 96 m3 de béton de chanvre Tradical Thermo seront utilisés sur le chantier de la Maison de la nature du Var.

 

Fiche technique

 

 

Des locaux techniques et des bureaux pour l'administration compléteront le site. Mais c'est le recours aux matériaux biosourcés et particulièrement au béton de chanvre, une première pour un ERP, qui constitue la particularité de ce chantier. © CP pour Batiactu

 

- Maîtrise d'ouvrage : Département du Var

- Maîtrise d'œuvre : Yves Perret (architecte), Atelier Cépage (mandataire), BETEM Ingénierie (bureau d'études)

- Entreprises : Delta Concept (construction générale), Toitures Montiliennes (charpentier), France Portugal Construction (béton de chanvre), Alpes Contrôle (bureau de contrôle)

- Superficie du bâtiment : 576 m²

- Démarrage des travaux : 2015

- Volume de béton de chanvre : 96 m3

- Superficie de béton de chanvre : 330 m²

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